Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
afrocultureblog.com

Du soleil couchant aux Champs Elysées!

1 Juin 2021 , Rédigé par Caro Sika Publié dans #patrimoine culturel, #carosika, #afroculture, #2021, #FR, #champselysées

Photo crédit: Pascal Blondé

Photo crédit: Pascal Blondé

Cette semaine, dans la rubrique 'Patrimoine Culturel', nous vous invitons à explorer avec nous les origines africaines des Champs Elysées de par des faits anthropologiques et culturels.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, vous avez probablement tous entendu parler de Stonehenge, une des structures mégalithiques les plus célèbres au monde, située en Angleterre. Elle date du IIIème millénaire avant J.C et pour ceux qui aiment l’anthropologie, elle nous renseigne sur l’ancestralité africaine des peuples 'européens'. Je choisis de mettre l’Europe entre guillemets dans ce contexte puisqu'elle est née d'une volonté politique et non d'une séparation continentale puisque, strictement parlant, le territoire qu'on appelle Europe n'est pas un continent au sens propre puisqu'il partage la même surface émergée du globe que l'Asie (souvent référé à mineur) sans frontières naturelles terrestres, telles la mer ou l’océan. Le continent africain est également le continent le plus proche du territoire européen ce qui, bien naturellement, nous renseigne sur les échanges culturels de ces peuples depuis la génèse des temps. À cet effet, une des plus belles découvertes est le site archéologique de Nabta Playa, en Egypte du sud, à environ 1000km de Khartoum, Soudan. Nabta Playa date du 9ème millénaire avant notre ère et on y a découvert les premiers alignements mégalithiques témoignant de la connaissance astronomique des sociétés africaines de l’époque, précédant de 6000 ans Stonehenge ou des sites semblables en Bretagne par exemple. Les mégalithes étaient majoritairement des arrangements funéraires qui renvoient à la continuité et l’éternité et qui nous rendent une belle image de la conception africaine de l’au-delà. Mais de manière plus évidente, c'est la preuve incontestable que ce savoir-faire et la croyance qui l'accompagne ont voyagé et inspiré d'autres civilisations au cours des siècles et millénaires.

Le site de Nabta Playa, Egypte Antique

Le site de Nabta Playa, Egypte Antique

Qu'en est-il des Champs Elysées et quels liens avec l' Afrique?
Quand bien même, l’histoire des mégalithes est fascinante, l’origine des Champs Élysées est époustouflante quant à l’humanité de l’Afrique Antique.

Il fut un temps, à l'époque des premières dynasties égyptiennes où un dicton nous affirme que 'l'habitant de l'Europe était un des fils de Ménès'. Ménès est une appellation grecque pour le 1er pharaon de la période Thinite qui est identifié au pharaon Narmer, le premier à unifier la Haute et Basse Egypte. À cette époque, les pharaons égyptiens exerçaient un pouvoir politique sur une vaste zone géographique et les guerriers des régions administrées allaient combattre pour les dynasties égyptiennes. Ces guerriers, tués au service de l'Egypte et devenus héros sur le champ de bataille, étaient incinérés ou préparés, puis confiés à des fonctionnaires spéciaux, grands maîtres des cérémonies funèbres qui les rapatriaient sur leur terre natale. Les mânes des héros naviguaient alors sur l'océan, « vers les portes du soleil » (soleil couchant) conduites par voie maritime par un haut-fonctionnaire et convoyeur des cendres à leurs demeures finales. En Egypte, ces demeures se nommaient Champs d'Alou. Ils étaient nommés après la plante qui couvrait ces champs, traduit Ely en grec et qui avec le suffixe Sium a donné le nom d'Elysium, d'où Champs Elysées en français. Les champs Elyséens de l'Atlantique, nés du retour des cendres de ceux devenus héros, étaient donc des lieux de sépulture ou actuels cimetières.

Selon  Ch. Hirmenech, dans son essai historique sur les Champs Elysées de l’Antiquité, le haut fonctionnaire qui ramenait les cendres sur les terres natales a des similitudes intéressantes avec Ulysse, (Odusseus) de la mythologie grecque et de son Odyssée à l'image du retour maritime d'après-guerre. Elle suggère également que ce haut fonctionnaire correspondrait au Dis Pater des Celtes Gaulois en opposition au Dispater romain,  qui signifiait ‘Père’ et qui témoignait de leur reconnaissance envers celui qui ramenait pieusement les restes mortels de leurs enfants. Selon Jules César, les Celtes Gaulois se réclamaient d'ailleurs 'd'être issus de Dis Pater' et de la tradition qu'ils disaient tenir des druides de mesurer le temps, non par le nombre des jours mais par celui des nuits à l'instar des peuples africains.
Les cendres de ses héros naviguaient donc vers les villes portuaires telles Lixus (dans l’actuel Maroc), Cadix (en Espagne), la Lusitanie (actuel Portugal), la Bretagne, et aussi l'Irlande et régions voisines (Stonehenge prend alors tout son sens). Pour accéder à l'intérieur des terres et y transporter les cendres, des villes portuaires étaient assignées dans chaque zone pour en assurer le transport terrestre, telle la ville de Lisbonne anciennement Olissipo qui, d'après la tradition populaire, aurait été fondée par Ulysse, ou la ville d’Aiguës-Mortes en France par exemple:

« Aiguës-Mortes, avant l'ère chrétienne, se trouvait sur le bord de la mer, c'est connu ; donc Mortes n'a pas la signification qu'on lui attribue, puisqu'à cet endroit les eaux n'étaient pas mortes ou dormantes dans l'antiquité. D'autre part, le mot Aiguës n'est pas d'origine latine, mais bien d'origine grecque et celtique, dont au contraire s'est formé le latin. Le mot Mortes étant sans application dans le sens que l'on sait, je lui restitue sa véritable signification, en traduisant Aigues-Mortes par eaux des morts ou eaux mortuaires ». CH. Hirmenech, Essai historique sur les Champs Elysées de l'Antiquité

Ce concept de ‘Champs Elysées’ perdurera dans la Grèce Antique mais elle n’en est pas à l’origine. Les Champs Elysées deviendront dans la mythologie grecque le lieu doux et agréable réservé aux héros ainsi qu’aux âmes vertueuses.
Qu'en est-il des Champs Elysées actuels?
Pour ce qui est des Champs Elysées que l’on connait, c’était à la base une zone marécageuse, qui nous rappelle la présence du fleuve ‘Seine’ qui se jette dans la Manche à proximité et nous renvoit aux champs d'Alou du Nil en Egypte Antique. C’est, tout d’abord, Marie de Médicis qui décidera de l’aménager pour prolonger ‘le jardin des tuileries’. Au cours des siècles, l’avenue se verra progressivement évoluée, réaménagée jusqu’à ce qu’elle devienne une des plus illustres attractions touristiques parisiennes. C’est intéressant d’observer que le 15 décembre 1840, le retour des cendres de Napoléon 1er s’effectuera par l’avenue des Champs Elysées, sur un char funèbre, vers les Invalides pour son inhumation devant 100 000 spectateurs. C’était en effet sa volonté d’être inhumé sur les bords de la Seine.

"Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé". Napoléon Bonaparte, Testament de l'Empereur, 16 avril 1821
La pensée africaine de l'au-delà
L’ Afrique, berceau de l’humanité, et sa pensée philosophique a encore beaucoup à nous apprendre et nous avons énormément à nous réapproprier. Le sacré de la vie au cœur des civilisations africaines antiques est remarquable et la notion du repos éternel de l’âme est remplie de dignité et d’émotion. Penser que de hauts fonctionnaires exerçaient la fonction de ramener ceux tombés sur le champ de bataille sur leur terre natale, près de leur famille, nous remplit d’humilité car le voyage n'est pas ce que l'on conçoit de nos jours. La durée du voyage se chiffrait en années et non en semaine et le coût était colossal. Il n'en reste pas moins que le repos de l'âme était crucial et sacré, quitte à traverser le globe. Chez la plupart des africains, cette pratique perdure jusqu’à maintenant et les corps des âmes transposés ou leurs cendres sont souvent rapatriés dans leur pays d’origine pour y regagner leur demeure familiale car comme le dirait le poète et conteur sénégalais Birago Diop « les morts ne sont pas morts ». Les anciens du monde visible et invisible ont toujours leur place parmi nous.

« Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre. »

Extrait du Souffle des ancêtres de Birago Diop
Du soleil couchant aux Champs Elysées!
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article